
Le vent se lève.
Le désert enfle en un épais nuage qui évoque les pires orages continentaux. Le ciel s'obscursit et l'horizon s'efface. Le sable sera bientôt là.
Dans le village, tout le monde s'affaire et récupère chaque ustensile épars; la mère cherche son petit dernier qui jouait il y a encore quelques minutes dans la cour.
Abdel Yousif, le vieux sage, surveille et vérifie que tout est en ordre; il sait lui que cette tempête sera peut-être sa dernière. Il la scrute en fronçant les sourcils. Il cherche au fond de sa
mémoire fatiguée, parmi toutes celles qu'il a vécues, mais ne trouve pas trace d'un souffle aussi fort. Lui aussi, il a vu croître leurs forces au fil des ans. Il n'a pas peur pour lui mais pour
son village. Qui survivra cette fois ? Que feront ceux qui resteront ? Sera-il là encore une fois pour pleurer les corps déchirés ?
Enfin, Abdel se résigne, il regarde une dernière fois ce monde en fureur où toutes les formes et les colueurs déjà s'estompent et ferme la porte de sa case pour se réfugier comme les autres
dans l'attente de l'apocalypse.
Jef, Khartoum, 20 mars 2008
publié dans :
Instantanés
6
Derniers avis ...