... Le ciel était sombre et un vent froid balayait la pente et dans la lumière mourante une froide taie bleue avait mué les yeux de la biche en une chose qui n'était guère plus que les choses parmi
lesquelles elle gisait dans ce paysage de plus en plus sombre. De l'herbe et du sang. Du sang et de la pierre. De la pierre et les sombres médaillons qu'y formaient les premières gouttes plates de
la pluie.
... Il ressentait une solitude qu'il n'avait pas connue depuis l'enfance et il se sentit tout à fait étranger au monde qu'il aimait encore pourtant. Il pensait que dans la beauté du monde il y
avait un secret qui était caché. Il pensait que pour que batte le coeur du monde il y avait un prix terrible à payer et que la souffrance du monde et sa beauté évoluaient l'une par rapport à
l'autre selon des principes de justice divergents et que dans cet abyssal déficit le sang des multitudes pourrait être le prix finalement exigé pour la vision d'une seule fleur.
Au matin le ciel était clair et il faisait très froid et il y avait de la neige sur les montagnes au nord. Quand il se réveilla il comprit qu'il savait que son père était mort.
Extrait de "
De si jolis chevaux", premier livre de la "trilogie des confins" de Cormac McCarthy, disponible en poche collection Points Seuil. McCarthy a écrit "No country for old men" adapté
au cinéma par les frères Cohen et a reçu le prix Pulitzer en 2006 pour son dernier roman "La route", encore plus fort.
A lire d'urgence !
Jef
Publié dans : Coups de coeur
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