Vous y êtes !

Belles images ...

 

Les pigeons du Campo St Margarita avaient beau s'épancher le plus sérieusement du monde, ils n'arriveraient jamais à la cheville de ceux de la Piazza St Marco et ils le savaient. Ceci les rendaient tristes et ternes.

Depuis la terrasse de chez Causin, glacier, la vie s'écoulait comme peut se répandre mollement une activité de ville du sud à trois heures de l'après-midi. Ca et là, quelques uns s'affairaient, voulant faire croire à une forme de travail actif. Coups de marteaux hâtivement donnés contre un sous-sol qui résistait sournoisement. Coups de balais assenés par le manche pour s'assurer encore une fois de la bonne tenue des rameaux de brindilles sensés amasser la poussière de la ville et les divers détritus laissés par les curieux. La balayeuse était jeune et semblait à ce point concentrée sur son activité qu'elle ignorait les regards éparpillés sur cette place désormais vierge.

Mais le flot principal d'activité du Campo St Margarita était essentiellement constitué de passants et de flâneurs qui avaient une très précise raison de se trouver là, une volonté sans arrêt renouvelée de passer et repasser de gauche à droite et de droite à gauche.

"Il Gazzetino", le kiosque à journaux, les regardait. Il s'en moquait puisque lui demeurerait de toute façon.

Un homme en brun passa à ma portée. Son cabas recelait un objet des plus intéressants pour la saison: un radiateur y était solidement attaché et je me demandai, l'espace d'un instant, ce qu'il allait en faire par cette chaleur. Avant que je ne puisse répondre, il disparut dans le petit sotoporgeto du fond de la place, vite remplacé par une grande femme en noir à large robe qui cachait une protubérance indisposante.

Des japonais en bande - à croire que cette espèce ne se déplace jamais qu'en troupeau favorisant la représentation grégaire qu'on peut leur donner plus souvent qu'à leur tour - des japonais, donc, traversèrent en courant presque le Campo pour visiblement tenter de combler la visite de Venise prévue ce mardi après Rome hier et Florence demain.

Il manquait quelque couleur à cette place. le soleil écrasait tout. Seuls quelques pélargoniums éclataient à la terrasse suspendue qui faisait face au café.

Puis, soudain, l'air changea. Il faisait bon. Cette petite brise redonnait de l'espoir à cette fin d'après-midi qui tardait encore à s'épanouir. On devinait à l'horizon les ocres des crépis vénitiens qui, dominant les eaux vertes des canaux, paraient cette ville incomparable et sans pareil.

Venise, 29 mai 1995



publié dans : Instantanés commentaires (1)    ajouter un commentaire

Commentaires

"à croire que cette espèce ne se déplace jamais qu'en troupeau favorisant la représentation grégaire qu'on peut leur donner plus souvent qu'à leur tour " Pas bien compris ce que tu veux dire !!! Mais bon, ça me donne quand même envie d'aller à Venise !!! Et puis c'est sympa de mettre des textes en ligne. Quand j'aurai bien rodé mon petit blog cinéma, je tenterai d'en faire un plus "littéraire"^^
Bisous
Pénélope
PS : le titre c'est pas une allusion à Perec ?
commentaire n° : 1 posté par : Pénélope (site web) le: 20/01/2008 15:35:25

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