Ne rien écrire

Publié le par Jef

L'absurde serait d'attendre, de ne rien écrire. L'habituelle démangeaison ne venait pas. François avait beau tourner et retourner son café, lire les journaux du matin en cherchant l'inspiration, rien ! Pas la plus petite envie de coucher ses fantasmes habituels sur les pages blanches de son petit carnet. Il se recula sur la banquette de bois mat et commanda un autre café. Ses yeux erraient vaguement d'un point à un autre, les chaises et les tables alignées, vides de clients à cette heure matinale. Le comptoir en cuivre luit avec insolence dans ce soleil jaune pâle qui venait d'envahir l'espace. Le patron débonnaire s'absorbait dans la contemplation des rubriques faits divers du grand quotidien régional, les commentant régulièrement de petits soupirs ou de petites phrases percutantes traduisant son opinion. François sourit. Il était heureux ici, bêtement heureux, il n'écrirait pas ce matin mais cela n'avait aucune importance, ce qui comptait après tout c'était la vie et tant pis si l'écriture ne se présentait pas immédiatement. François dégustait son deuxième café à petites gorgées. Il ferma les yeux, laissant la sensation de la douce liqueur chaude envahir son corps et rayonner doucement.

 

Lorsqu'il rouvrit les yeux, l'enfant était là. Cet enfant brun, sage, avec ses grands yeux qui le dévisageaient. Debout, près de sa table, avec sa baguette de pain et son livre de Cohen dans les bras, il s'était arrêté net pour observer l'homme qui semblait dormir en buvant son café. François ne savait que dire. L'enfant ne bougeait pas. Il allait lui parler, lui demander ce qu'il faisait avec ce livre dans ce café - un enfant portant un livre tel que Belle du Seigneur, ici, c'était troublant - quand celui ci s'éloigna pour s'installer à une table voisine. Il commanda un chocolat chaud et posa l'épais recueil sur la table, il l'ouvrit précautionneusement, enleva le marque page et commença à lire. Ce fut au tour de François de regarder l'enfant avec étonnement. Aucun son n'avait été échangé entre ces deux êtres, mais un éclair était passé, ils s'étaient déjà compris grâce à l'écriture à la magie du verbe.

 


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Publié dans Instantanés

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